jeudi 10 janvier 2013

Ni Bonne, ni Nonne, ni Pigeonne

La ferme des bêtes se doit de parler de ce mouvement des infirmier(e)s et des aide-soignant(e)s "ni bonne, ni nonne, ni pigeonne". L'occasion fait le lardon.


Beau nom clin d’œil à un autre mouvement, référence non innocente dans un métier très féminin  qui fut pratiquée par les nonnes pendant longtemps (mais avant ça c'était les plus valides qui s'occupaient des plus malades).
Soignant(e)s de France et de Navarre levez-vous ! Levez-vous pour les patients ! Levez-vous pour vous !
La Santé Publique est une grande oubliée de la politique. Des réformes ? Oui il y en a eu, la T2A qui creuse les dettes des hôpitaux et qui a des conséquences peu heureuses pour la prise en charge de la personne soignée, car il ne s'agit pas seulement de tarification à la tâche mais de faire des moyennes de temps d'hospitalisation par pathologie (et si un patient reste plus longtemps, c'est aux frais de l'hôpital et non plus à ceux de la sécurité sociale), je vous laisse imaginer ce que cela implique. Dans le même temps, les directeurs de CH et CHU ne sont plus des soignants mais des financiers. Partout, avec méthode, les hôpitaux sont priés de faire des économies, pour se faire l'emploi n'est pas favorisé. On ferme des services, on rationalise de telle manière que cela contredit la politique de formation des soignants.

Les patients ont plus de droits, la prévention des risques iatrogènes et liés à l'hospitalisation est de plus en plus exigeante  mais à quoi cela rime-t-il si la fatigue et le stress des personnels est plus grande (un peu comme pour les agents du pôle-emploi) et conduit à des erreurs (ce qui implique aussi les médecins). Dans ce métier, une petite erreur peut faire beaucoup de dégâts ou aucun, au bonheur la chance.
Il n'est pas légal d'appeler un agent en jour de repos pour qu'il vienne travailler derechef pourtant cela s'applique couramment. C'est moins cher que d'employer des remplaçants.
C'est un métier qui sait que le rythme biologique doit être respecter pourtant enchaîner une nuit et une matinée est monnaie courante, c'est une obligation pour le bien du patient, mais encore une fois c'est pour éviter d'employer un remplaçant. Pourtant cet emploi devant l'ampleur des absences serait un temps plein !

Tout ce qui précède est vrai pour les établissements de santé mentale, sauf qu'ils étaient déjà en manque d'effectifs et que d'autre part il n'y a pas assez de lit. A la suite du double meurtre de soignantes au CHP de Pau, le président avait bien dit que cela changerait, on attend toujours ! Et ce n'est pas avec ce genre de conditions que des jeunes voudront rester ! (c'est un peu comme les profs).

Autant parler tout de suite des conséquences : "Le secteur de la santé et de l’action sociale présente le taux de mortalité par suicide le plus élevé (34,3/100 000)." dixit l'institut de veille sanitaire. La Poste, Renault, France Télécom... et les hôpitaux. Les chiffres de l'InVS font parti d'une étude entre 1976 et 2002 (publiés en 2010), mais pour l'actualité 2012, lisez donc cet article sur l'hôpital Roger Salengro de Lille : 3 suicides en janvier et 1 suicide en décembre.

Le message du mouvement :

STOP à la pression et à la répression permanente !
STOP à la dévotion !
STOP au bénévolat !

Nous, infirmier(e)s et aide-soignant(e)s de toutes spécialités confondues, de tous les secteurs, dénonçons la pénibilité et la dégradation constante de nos conditions de travail, qui contribuent aujourd'hui à la mise en danger du patient, au risque accru d'erreur professionnelle et à la détérioration de notre état de santé.
Nous dénonçons un système qui fonctionne au détriment du patient et nous refusons aujourd'hui de contribuer à ce système. Un système qui privilégie la rentabilité au détriment de la qualité et de la sécurité des soins et qui nous empêche aussi d'exercer dignement nos rôles de tuteurs auprès des étudiants infirmiers et aide soignants.
Nous exigeons la mise en place de postes supplémentaires adaptés à la réalité du terrain et en accord avec les différentes réglementations de la profession, des revalorisations salariales et d' honoraires, une mise à plat de la nomenclature des actes infirmiers, la reconnaissance de nos années d'étude dans chaque spécialité, un vrai statut pour l'aide-soignante, la reprise en compte de la pénibilité, l'intégration de nos primes pour nos retraites.
Nous sommes déterminé(e)s à nous faire entendre et à ce qu'une véritable réforme de notre statut et de nos conditions d'exercice soit mise en place, et pour ce faire, nous envisageons des actions ciblées et de grande envergure.
Nous appelons tou(te)s les soignant(e)s à nous rejoindre et à relayer ce message dans leurs structures et leur entourage.
STOP aux services surchargés !
STOP à la surexploitation des soignants !
STOP à la mise en danger des patients !

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jeudi 3 janvier 2013

La mondialisation à nue, acheter du made in China aux Etats-Unis sponsorise les camps de travail

Les fêtes de fin d'année...  tant d'ignorance/innocence où les idées de générosité fusionnent avec les croyances et les intérêts financiers.

Grâce à notre gouvernement PSUMP (par la valse des élections) qui nous veut solidaires du destin de la nation... (ou devrait-on comprendre : solidaires des amis du PSUMP). La retraite est attaquée sur des arguments majoritairement acceptés, les fonctionnaires attaqués depuis des années (peut-être parce qu'ils voient trop ce qui se passe en coulisse et qu'ils n'ont pas d'équivalent aux prud'hommes), ET les taxes aux entreprises sont interprétées comme des obstacles au sortir de la crise...

Hum... On en avale des couleuvres comme des chocolats de Noêl. Nous croyons que l'indigestion vient des huîtres, mais peut-être pas...
Par exemple :  heureusement que ce n'est pas dans ces champignons de Paris* que Julie Keith, dans l'Oregon (Etats-Unis), a trouvé la lettre d'un chinois condamné au travail forcé (Métro), la bouchée aurait été rude. Julie a trouvé cette lettre dans une boîte de décoration pour Halloween acheté chez Kmart. La personne qui a pliée en 8 sa lettre au milieu du kit tombal voulait que son écrit atteigne les bureaux de Human Right Watch, une ONG américaine.
La mondialisation néo-libérale tombe ici les apparences. Pas de design publicitaire, de logo ou d'argument de vente, le condamné chinois décrit simplement ce que lui et ses co-détenus vivent : un travail rémunéré 1,24 euros par mois, sans jour de congés, sans week-end. Et s'ils se plaignent, le bâton les attend.
Kmart est une enseigne américaine qui vante ses bas prix, concurrente de Wal-Mart.
De même aller à Gémo pour acheter un petit vêtement pour enfant pas trop cher, et hop, étiquette Gémo, made in China, même pour un vêtement estampillé Lulu et Castagnettes. Oui, nous le savons depuis longtemps, le made in China est partout. Mais si parfois le sentiment du péril jaune est utilisé, ne faudrait-il pas plutôt mettre en avant des arguments ? Sweatshops, tortures, camps de travail et tout ce qui s'y passe...

En effet, le camp de Mansajia, d'où est partie cette lettre, n'est pas inconnu :

NDTV est censurée en Chine

Les gardiens du camp de Mansajia usent de la matraque, forcent des condamnés à avaler des psychotropes, les écartèlent aussi et font revivre la vieille torture moyenâgeuse consistant à forcer la victime à boire plusieurs litres d'eau en peu de temps, on appelait ça "la cure par l'eau" et selon la quantité d'eau ingérée, les dommages peuvent aller jusqu'à l’œdème cérébral et la mort.
Aller, je suis une bête, mais pas méchant ! Je vous offre une quasi bonne nouvelle, le système des camps de travail en Chine pourrait être remis en cause. Les chinois commencent à en avoir assez de cet héritage de l'ère Mao et certains politiques semblent d'accord. Une pétition chinoise a été signée par des milliers de personnes et le sujet est même présent dans les médias. (pour les anglophones voici l'article sur ce mouvement )

Face à cette économie, il y a des mouvements (que l'on pourrait qualifier d'underground tant les thuriféraires néolibéraux contrôlent notre monde de l'information) qui cherchent à montrer le vrai visage de notre économie libérale qui veut toujours plus ( définition de la croissance, non ?). Il y a eu l'île aux fleurs, un joli petit court-métrage très efficace qui lit nos achats avec les classes sociales : les pauvres mangent ce qui est jeté par la classe moyenne et celle encore au-dessus. Naomi Klein a cherché, dans l'élan de l'apparition des altermondialistes ( opposition protéiforme et multiculturel au Marché Unique ), a édité No Logo, un bouquin de référence qui montre la logique des marques et les profits des entreprises internationales fait à travers les bas-salaire et leur contraste avec la croissance (des prix toujours plus haut... au point qu'il faut régulièrement créer des nouvelles monnaies pour faire passer les pilules). Ce mouvement est étouffé, décrédibilisé. De la même manière que les majors achètent les brevets de la concurrence qui pourraient leur faire des parts de marché moins grande (le mouvement naturel de toute structure vivante est la recherche d'équilibre ( c'est l'homéostasie chez l'homme), hors ces brevets achetés pour être enterrés auraient pu équilibrer les forces) Outre ces brevets ingénieux, les forces du logiciels libres tentent elles aussi de s'opposer à l'hégémonie de la marque à la fenêtre (par exemple). Et aujourd'hui, les indignés sont également attaqués, parfois assimilés à des terroristes.

Pour un peu plus de lecture : Iris** décide de nommer les camps de travail chinois personnalités de l'année 2012,  http://www.iris-recherche.qc.ca/blogue/l%E2%80%99autre-personnalite-2012-le-camp-de-travail-chinois

* La Chine produit 70% de la production mondiale de champignon de Paris

** L’IRIS, un institut québécois de recherche sans but lucratif, indépendant et progressiste, a été fondé en 2000.
L’Institut produit des recherches sur les grands enjeux de l’heure (partenariats public-privé, fiscalité, éducation, santé, environnement, etc.) et diffuse un contre-discours aux perspectives que défendent les élites économiques.
Contrairement aux tenants d’un néolibéralisme qui limite l’existence humaine aux rapports économiques atomisés, l’IRIS fait la promotion d’un équilibre entre l’intérêt collectif et la liberté individuelle.