mercredi 20 juin 2012

Deux jeunes Tibétains s'ajoutent à la listes des immolés : 41 depuis 2009

L'homme est un animal, avec ses spécificités soit, mais un animal tout de même. Tout le monde n'accepte pas cette vision pourtant je ne dis pas ça pour dénoncer l'homme comme un cochon ou la femme pareillement. Cela n'a rien à voir avec une formule péjorative.
Même si nous sommes doués de réflexion, nous avons aussi des réflexes grégaires, comme le bâillement d'un individu au hasard, celui-ci nous indique qu'il est temps pour le groupe de s'endormir ; comme la peur, voir les amygdales rhinencéphales ; ou vomir, car notre vis à vis vomit et que cela pourrait nous sauver d'une intoxication.

Qu'est-ce que ce charabia ? vous dites-vous. Les Tibétains se brûlent suite à l'oppression chinoise et voilà tout... sauf que, répondrions-nous, si le rire est le propre de l'homme, ce n'est pas le cas du suicide. En fait, cette série de suicides au Tibet a apparemment un but commun: exprimer dans la souffrance, au nom du peuple opprimé, la demande du retour de la liberté et du Dalaï Lama.

Le suicide pour se produire doit inhiber le naturel protecteur de la vie pour elle-même. Après tout, après avoir vécu sur une terre plus ou moins hostile selon les ères, elle ne va pas s'évanouir si facilement. Toutefois c'est justement le nœud du problème : la vie privilégie l'intérêt collectif car c'est sa meilleure option de survie, ainsi certaines espèces pondent des centaines d’œufs. Hors la Chine, dans son acte d'invasion puis d'occupation, d'impérialisme à but de sinisation, menace les tibétains qui, malgré ces affres, conservent le sentiment d'appartenance à une société tibétaine à part : le suicide devient ici un moyen extrême de sauvegarde de son groupe social.
On précisera que dans le cas, politique, du Tibet, le désespoir, le sentiment d'abandon, le non-droit à la parole, le fait d'avoir un membre de la famille emprisonné, torturé, suicidé en raison de la dictature, la forte présence militaire chinoise, l'incitation à la délation, l’œil occident compatissant mais le portefeuille occident convolant avec la Chine et  une désobéissance civile sévèrement réprimée limitent bien trop grandement les possibilités de communications classiques des tibétains.

Quant aux flammes, les liens auto-immolation par le feu et religion / auto-immolation et invasion sont forts. Déjà chez les gaulois, les soldats désespérés enflammaient leur corps. Selon des chercheurs entre 1963 et 2002 : il y aurait eu autour de 533 immolations par le feu. Mais pour l'analyse, je laisse le spécialiste psychiatre et anthropologue s'exprimer :
 "Autrement dit, la multiplication des cas d'immolation par le feu est avant tout révélateur d'une pathologie de la société dans son ensemble. «Ils ont lieu dans des pays où on est au stade zéro de l'être. C'est même difficile de parler d'individus. La population est obligée de faire ce que les dictateurs leur imposent», explique encore Rita El Khayat. Elle évoque aussi des facteurs économiques et sociaux: le chômage, les inégalités sociales, la corruption des élites. Mais pour cette psychiatre marocaine qui est aussi anthropologue, c'est le monde dans son ensemble qui devient de plus en plus dur, matérialiste et hostile. Il y a un véritablement désenchantement propice à l'accroissement du nombre de suicides ou de tentatives. «Certains pays sont plus caricaturaux de dureté que d'autres», ajoute-t-elle."
Ceci est extrait d'un article de www.slate.fr écrit lors de l'immolation du jeune tunisien Mohamed Bouazizi en 2010
... Or, la Chine fait malheureusement bien partie de ces pays caricaturaux

dimanche 17 juin 2012

Démocratie en Péril? Tibet en exil, Chine, Europe et ailleurs

La situation du Tibet m'intéresse à multiples égards. Mais aujourd'hui, jour d'élections un peu partout, d'élections à faible taux de participation ( on peut se demander ce que vaut une assemblée élue avec guère plus de la moitié des inscrits), je vous parlerai des débats des Tibétains au sujet de la démocratie.
Le premier ministre tibétain (le Kalon Tripa) dernièrement élu a écrit, en tant qu'étudiant une thèse qui s'interrogeait sur les particularités d'une démocratie en exil. En effet un groupe en exil a tendance à se regrouper autour d'un parti, une personne et ne parle que d'une voix. L'étudiant en droit aura bien fait de remarquer l'incompatibilité de ces réflexes d'exilés avec la démocratie et de prôner le multipartisme et la liberté d'expression.
A l'époque de la thèse, le gouvernement en exil de Dharamshala gravitait essentiellement autour du Dalaï Lama qui cherchait à amorcer une réforme pour permettre des élections. A titre plus que d'anecdote, on relèvera que la Chine, la fouine, a empêché la communauté tibétaine en exil du Népal de voter en confisquant les urnes.

Au Royaume-Uni, les réactions dues à la visite du Dalaï Lama qui, depuis, ne participe plus directement à la vie politique de sa communauté en exil, ont provoqué la réflexion d'une citoyenne dans le DailyMail, Michelle Klepper (traduction française). Elle soulignait la beauté du militantisme pacifique du prix Nobel de la Paix et se disait que les nations défendant les valeurs démocratiques et de droits de l'homme devraient prendre un peu plus de distance avec la Chine qui ne cesse de brandir des menaces à quiconque accueille le Dalaï Lama... que l'on sait être un grand voyageur. En effet elle rappelle que le partenaire inévitable de ces nations, la Chine, est tout de même un pays totalitaire qui ne tolère la critique et a la censure facile.
Elle se moque des punitions de la Chine aux hôtes du Dalaï Lama, mais dans le même temps elle s'inquiète de façon légitime que les Pays-Bas et l'Afrique du Sud ont cédé aux demandes insistantes de la Chine de ne pas accueillir le prix Nobel de la Paix 1989

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La commentatrice n'est pas pessimiste, je ne le suis pas non plus, mais empreint de réalisme. Il y a bien certains politiques qui mettent en avant les intérêts financiers par rapport aux intérêts des peuples. Par intérêts financiers on comprendra la défense de la croissance et des chiffres d'affaires, des baisses d'impôts, de fonctionnaires, de l'attaque du code du travail et en particulier le CDI. Aider les banques à se remplir en France comme en Espagne, alors qu'elles dilapident les comptes courants des citoyens.
Pendant ce temps chez les Tibétains, une écrivain de renom basée à Pékin, faisait remarquer que le Kalon Tripa avait oublié ce qu'il défendait dans sa thèse.
On aura compris que le pouvoir impose des vues différentes,
on aura surtout compris que la démocratie est affaire de renouvellement et de réflexions éclairées qui n'en finissent pas.
Hors si un débat peu existait dans la communauté tibétaine entre une écrivain et un premier ministre, en France le débat se fige, le buzz y a pris la place; le twit fait jasé la communauté errante des journalistes. Et surtout, quel écrivain s'exprime politiquement ? Le débat est parasité par on ne sait quelle bête. D'ailleurs les invités spécialistes et autres experts sont redondants et ont des amis, voir des employeurs, qui les font tous penchés pour le même côté de la question.
Au niveau municipal, c'est difficile mais existant. Sur les autres niveaux, c'est comme si le citoyen ne savait pas ce qui est bon pour lui... ah oui, c'est vrai que ces citoyens inscrits au bureau de vote ce sont les chômeurs, les alcooliques, les déficients mentaux, les soumis, les minorités ethniques, les racailles à karchériser, les altermondialistes... tous ces citoyens qui ne savent ce qui est bon pour eux, qui ne sont pas sensibles à l'intérêt supérieur (comprendre l'intérêt commun ?) Hors c'est justement le genre de réflexion d'élite dangereuse pour la démocratie qui a poussé Woeser à se faire entendre.